Dans l’édition d’avril dernier du magazine Sourdine, je vous ai raconté mon premier séjour international, réalisé en Europe en 2003 en tant que personne sourde.
La réponse du cœur
Dans mon dernier article, Voyager avec une surdité, c’est possible!, j’avais laissé une question en suspens : avais-je trouvé l’homme de ma vie? Aujourd’hui, je peux répondre oui, avec le cœur rempli d’amour et les yeux pétillants. Depuis dix ans, je partage ma vie avec Alain Quenneville, un homme merveilleux qui, lui aussi, vit avec une surdité. Notre couple occupe une place importante dans mon parcours, autant sur le plan personnel que dans ma façon d’aborder les déplacements.
Comme moi, Alain a dû apprendre très tôt à vivre avec la surdité. À l’âge de six mois, il a contracté la méningite. Les antibiotiques qui lui ont sauvé la vie lui ont malheureusement causé une importante perte auditive. À cette époque, certains traitements entraînaient plus souvent des effets secondaires sévères, notamment sur l’audition.
Nous nous connaissons depuis notre jeunesse, grâce aux activités de l’AQEPA de l’Abitibi-Témiscamingue. Cet organisme, l’Association du Québec pour enfants avec problèmes auditifs, soutient les enfants et les jeunes sourds ou malentendants ainsi que leurs familles, en offrant de l’information, du soutien, des activités et des ressources adaptées.
Des années et des années plus tard, près de trente ans après notre première rencontre, alors que nous étions tous les deux célibataires, nous avons recommencé à nous fréquenter. Peu à peu, notre relation s’est approfondie et notre histoire d’amour a pris un tournant plus sérieux.
Deux réalités qui se complètent
Alain a développé très jeune une grande facilité en lecture labiale, contrairement à moi. Cette habileté peut surprendre, puisque j’entends mieux que lui dans certaines situations. De son côté, il distingue très peu, ou parfois pas du tout, les sons aigus.
Malgré ces différences, nous nous complétons bien. Elles nous amènent à nous adapter aux réalités du quotidien, même si cela nous demande souvent un double effort. Dans nos échanges avec les personnes entendantes, nous devons constamment prendre le temps de bien comprendre, d’écouter attentivement, de lire sur les lèvres et de rester concentrés.
Le retour aux voyages
En 2019, nous avons fait notre premier séjour à l’étranger, en Andalousie, dans le sud de l’Espagne, pour rejoindre les parents d’Alain, qui y passaient l’hiver. Pour moi, cette escapade avait une valeur particulière : elle marquait mon retour aux grandes découvertes après seize ans de pause. Je me sentais un peu déboussolée, car je ne me souvenais plus vraiment des procédures à l’aéroport.
C’était aussi la première fois que je franchissais un contrôle de sécurité avec un implant cochléaire. Comme j’avais été opérée en 2008, la situation m’angoissait. Malgré ma carte d’identification, je me demandais si les agents comprendraient bien ma réalité et s’il faudrait procéder autrement, par exemple par une fouille complète. À l’époque, je ne pouvais pas passer sous le détecteur de métal, car cela risquait de perturber le fonctionnement de mon implant. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais je prends toujours le temps de vérifier, par précaution. Jusqu’à maintenant, mes passages aux contrôles de sécurité se sont bien déroulés grâce à ma carte, qui contient des informations traduites en plusieurs langues. Les agents sont aussi de plus en plus familiers avec ce type de situation.
Le vol incluait une escale à Casablanca, au Maroc, plutôt qu’un trajet direct vers Malaga. Pour moi, cette halte représentait une situation entièrement nouvelle, avec son lot d’adaptations. Je me sentais dépaysée dans un environnement très différent de ce que je connaissais, marqué par une autre culture.
Entre Montréal et Malaga, nous étions aussi sans réseau, ce que j’ai trouvé particulièrement difficile, car pouvoir utiliser mon cellulaire me rassurait en cas de contretemps.
Cette étape m’a appris qu’il faut parfois se faire confiance, éviter d’anticiper le pire et essayer de vivre le moment présent. La présence d’Alain m’a aussi beaucoup rassurée, car il avait déjà vécu quelques séjours dans le Sud et un séjour en Europe. Grâce à sa grande capacité d’analyse, à son esprit pratique et à sa patience, il sait trouver des solutions lorsque des imprévus surviennent. C’est dans sa nature, et son métier d’ingénieur reflète bien cette façon de penser.
La France, entre accueil et découvertes
Après cette étape en Espagne, en 2023, nous sommes aussi allés dans le sud-ouest de la France, à Bordeaux. Ce séjour s’est déroulé dans une atmosphère beaucoup plus détendue. Je suis tombée sous le charme de cette ville, où je ne me sentais pas étrangère, notamment parce qu’on y parle français et que mes ancêtres sont d’origine française.
Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la sensibilité de nombreux Bordelais envers les personnes sourdes ou malentendantes. Je m’y suis sentie respectée et valorisée. Plusieurs échanges se faisaient naturellement, sans que j’aie à expliquer ma façon de communiquer. Au Québec, je dois encore souvent préciser mes besoins et répéter la meilleure manière de m’adresser à moi.
En 2025, nous sommes retournés en France, cette fois en Normandie. Lors d’une visite dans une usine de fabrication de cloches, nous avons informé le guide que nous étions sourds, et il nous a prêté de la documentation pour que nous puissions suivre la visite plus facilement. J’ai beaucoup apprécié cette attention. Dans certains musées, les visites adaptées aux personnes sourdes ou malentendantes étaient aussi gratuites, comme au Québec. Avant chaque visite, je prends généralement le temps de me renseigner pour mieux comprendre le déroulement et le contexte historique. Lorsque peu de ressources sont offertes, nous nous plaçons près du guide, qui fait alors son possible pour parler plus lentement et utiliser des gestes naturels.
Voyager avec plus d’expérience
Plus nous partons, plus nous apprenons à nous adapter à des situations variées. Avec le temps, le stress diminue, parce que nous avons déjà traversé plusieurs de ces réalités. Chaque séjour nous prépare un peu mieux pour les suivants et nous aide à avancer avec plus d’assurance.
La technologie comme alliée
La technologie évolue rapidement et nous offre de plus en plus d’outils pour faciliter la communication et rendre les déplacements plus rassurants. Lors de mon prochain séjour, j’utiliserai une application de transcription instantanée sur mon cellulaire Samsung, qui traduit la voix en sous-titres. Elle n’est pas parfaite, mais elle peut déjà faire une réelle différence.
Je ne suis pas toujours la première à adopter les nouvelles technologies adaptées aux personnes ayant une déficience auditive, mais je reconnais qu’elles peuvent grandement améliorer mon confort. En apprenant à mieux les utiliser, je pourrai rendre mes prochaines escapades encore plus agréables et moins fatigantes.
Le Portugal en projet
Le Portugal fait partie de nos prochaines destinations en vue. Ce pays nous attire par sa beauté, son histoire, son climat doux et son ambiance chaleureuse. Nous aimerions notamment découvrir Lisbonne, la vallée du Douro et l’Algarve, en prenant la route pour explorer différentes régions à notre rythme. Cette manière de découvrir le pays nous offrirait plus de liberté, plus de souplesse et un beau sentiment d’aventure.
À celles et ceux qui hésitent à partir, j’aimerais dire qu’il est possible de voyager à son rythme, avec les bons outils, un peu de préparation et beaucoup de bienveillance envers soi-même.
Au fond, voyager, c’est apprendre à écouter autrement : avec les yeux, avec le cœur et avec toute la confiance que l’on construit en chemin.
Merci de m’avoir lue. Je vous souhaite, à votre tour, de découvrir de nouveaux horizons avec ouverture, curiosité et sérénité.
En France

Avec mon amoureux devant le Mont-Saint-Michel, situé en Normandie. Cet îlot rocheux, entouré par une immense baie, abrite une abbaye médiévale spectaculaire et fait partie des patrimoines mondiaux de l’UNESCO. Septembre 2025.

Le Mont-Saint-Michel connaît les plus grandes marées d’Europe, avec une différence de hauteur pouvant atteindre 10 à 14 mètres, parfois plus.

Avec mon amoureux sur la dune du Pilat, la plus haute dune d’Europe (environ 100 à 110 mètres), bordée par l’océan Atlantique. Bordeaux 2023.

Avec mon amoureux lors d’une visite au château de Caen, Normandie, construit vers 1060 par Guillaume le Conquérant. C’est l’un des plus grands châteaux forts d’Europe, couvrant environ 5 hectares. Septembre 2025.

À Lège-Cap Ferret (presqu’île entre bassin et océan) dans le bassin d’Arcachon, à environ 60 km de Bordeaux. En arrière-plan, on aperçoit la dune du Pilat.
En Espagne

Le pont le plus célèbre de Ronda, le Puente Nuevo, construit au XVIIIe siècle, mesure environ 98 mètres de haut au-dessus des gorges du Tajo. Cette gorge profonde coupe la ville de Ronda en deux et a été creusée par la rivière Guadalevin au fil des siècles.

La ville de Ronda est perchée au sommet de falaises abruptes qui dominent la gorge El Tajo.

Vue sur la mer Méditerranée à Benalmadena, située à 20 km de Malaga.

Avec mon amoureux à Ronda, Espagne. Avril 2019.














