Grandir avec un parent malentendant

Aujourd’hui dans la trentaine, les problèmes d’audition font partie de ma vie depuis mon enfance. Ma mère présente des troubles d’audition qui ont progressé avec les années. Étant donné que ça s’est installé graduellement, il n’y a pas eu un moment spécifique où nous avons pris conscience du problème dans toute son ampleur.

Au départ, la perte auditive était légère et n’était donc pas considérée comme un handicap. Les ajustements étaient anodins et peu fréquents : articuler, reformuler ou répéter un mot ici et là… Avec le temps et la progression de la perte auditive, ces petits ajustements sont toutefois devenus de plus en plus présents dans notre quotidien. Se tourner vers la personne, s’asseoir du côté de la « bonne oreille », les difficultés à communiquer dans un lieu public avec bruits ambiants comme un restaurant. La perte de connexion, la perte de plaisir dans ces moments partagés avec ses proches. Les conversations deviennent plus fatigantes. La frustration se bâtit.

Au niveau des défis rencontrés, la personne avec une perte auditive peut par exemple se sentir exclue lorsqu’elle ne saisit pas 100% d’un échange. Toutefois, il nous arrive à tous de manquer le début d’une conversation dans laquelle nous n’étions pas engagés. Du point de vue de l’entourage, il peut être normal de ne pas participer à une conversation si on a manqué le début et dont on ne comprend pas la suite. Cependant, du point de vue de la personne malentendante, cela s’ajoute aux nombreux autres défis et exclusions rencontrés quotidiennement.  Il ne faut pas oublier non plus que pour quelqu’un avec une perte auditive, il peut suffire de quelques phrases manquées pour perdre le fil de la conversation.

L’importance d’en parler

Avec le recul, je réalise que le problème d’audition a progressé avec le temps et que la situation n’a pas été considérée avec tout le sérieux que cela méritait, puisqu’au début, ce n’était pas un handicap. En cours de route, nous nous sommes adaptés individuellement, sans réellement prendre le temps de réfléchir à l’évolution de la situation. Les frustrations ont donc pu s’accumuler sans qu’il n’y ait d’espace pour en parler.

Au final, j’en retiens que, quand on veut parler de problèmes de communication liés à l’audition, il vaut mieux s’asseoir et discuter à tête reposée plutôt que directement après qu’un événement énervant soit survenu. Tout comme n’importe quel autre défi de communication, en fait! Une perte auditive qui progresse lentement peut passer inaperçue longtemps, pendant que ses répercussions sur les relations s’accumulent progressivement. Il est donc important de ne pas attendre qu’une situation devienne très problématique avant d’en parler.

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