
Par Monia Lamontagne
Ce récit a pour ambition de partager une aventure qui a marqué ma vie : mon tout premier voyage international, réalisé alors que j’étais à la fin de mon adolescence. J’ai souhaité raconter cette expérience pour inspirer d’autres personnes vivant avec une surdité, mais aussi pour sensibiliser les lecteurs aux défis et aux adaptations que cela nécessite, tout en montrant que voyager reste accessible et profondément enrichissant.
Je m’appelle Monia, j’ai 41 ans, originaire de Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue. Je vis depuis ma naissance avec une surdité sévère à profonde affectant les deux oreilles. Entre l’âge de 18 mois et 23 ans, j’ai utilisé des appareils auditifs et pratiqué la langue des signes française*, ainsi que la lecture labiale, même si celle-ci n’a jamais été mon point fort puisque je l’ai apprise tardivement, à l’adolescence. Malgré cette condition, je n’ai jamais permis à ma surdité de limiter mes ambitions; au contraire, elle a enrichi chacune de mes expériences en m’offrant une perspective singulière. J’ai toujours fait preuve de débrouillardise pour surmonter les défis du quotidien, même lorsque ce n’était pas évident.
Mon premier voyage international : une aventure marquante!
C’était en 2003, à l’approche de la fin de l’année scolaire, j’avais alors 18 ans. Je garde encore le souvenir vif de l’excitation qui m’a enveloppée à l’idée de prendre l’avion pour la première fois, franchissant ainsi les frontières de mon pays. Entre impatience, trac et joie, mon cœur battait fort pendant les préparatifs; le moment du décollage s’est inscrit dans ma mémoire comme une expérience unique : sensation de légèreté, frissons d’anticipation et émerveillement devant les nuages sous mes pieds, malgré la crainte de souffrir aux oreilles à cause de la pression atmosphérique… Heureusement, cela ne s’est pas produit cette fois-ci.
L’idée d’un voyage collectif est née d’une conversation entre ma bonne amie d’enfance, Mélissa, également malentendante, et moi-même. Nous avions toutes deux le désir de partager une expérience unique avec d’autres adolescents malentendants et sourds âgés de 12 à 18 ans de l’Abitibi-Témiscamingue. Notre motivation était de créer un projet nommé FunAdos qui nous permettrait de sortir de notre quotidien, tout en renforçant nos liens et notre autonomie. Soutenus par nos intervenants du centre de réadaptation La Maison, nous avons rapidement rallié un groupe enthousiaste autour de cette initiative. Au terme de deux années dédiées à la mise en œuvre d’activités de financement, le voyage a été organisé grâce aux efforts soutenus de tous les participants.
Nous avons choisi la Belgique comme destination presque naturellement. L’une de nos anciennes intervenantes y avait déménagé, Édith, ce qui a influencé notre décision. Voyager dans un pays francophone était crucial pour assurer une communication simple et efficace, surtout que certaines personnes comme moi n’avaient jamais appris l’anglais à l’école, rendant la barrière linguistique particulièrement limitée. Pour information, j’ai obtenu mon diplôme d’études secondaires avec une exemption de la langue seconde. La Belgique offrait aussi une dimension personnelle : découvrir une culture similaire, tout en restant dans un environnement où nous pouvions facilement nous exprimer. À l’époque, les téléphones cellulaires n’étaient pas encore largement disponibles, contrairement à aujourd’hui, avec la technologie plus développée.
Grâce à la présence d’Édith, dont le sourire radieux et l’énergie contagieuse ont été appréciés à Bruxelles, la capitale belge, l’organisation du séjour s’est déroulée avec aisance. Qu’elle soit sur place ou à distance, elle nous a apporté une aide précieuse en dénichant un logement abordable et en jouant le rôle de guide.
Apprendre à communiquer et à se débrouiller dans les lieux publics
Dans le cadre d’une sortie soit au musée soit au restaurant, notre intervenant nous a demandé de prendre la parole chacun notre tour pour obtenir des informations auprès du personnel. Un défi majeur consistait à permettre la participation de tous, peu importe leur aisance en communication. Pour ma part, je n’étais pas particulièrement à l’aise d’aller vers les autres et de leur parler. Je m’arrangeais souvent pour que les autres fassent à ma place, mais tout le long du voyage, je n’ai pas eu le choix lorsque c’était mon tour. Même si j’étais nerveuse au moment de parler, j’ai ressenti une certaine fierté après avoir réussi à m’exprimer devant le groupe. Cette expérience m’a permis de réaliser que je pouvais dépasser ma timidité dans certaines situations, et m’a donné confiance pour affronter d’autres défis similaires à l’avenir.
Plusieurs approches de communication s’adaptent selon la situation. Si une technique ne fonctionne pas, on peut simplement en essayer une autre, en modifiant son message ou en utilisant des gestes pour le soutenir. Chaque difficulté devient une opportunité de se rapprocher des autres et d’exprimer ce que l’on ressent sans craindre le jugement. Cela n’est pas toujours évident, mais nous avons toutes les capacités nécessaires!



Les intervenants possédaient une expertise reconnue, ce qui leur a permis de soutenir efficacement les participants, en complément des séances individuelles de thérapie. Ils ont offert un accompagnement tangible ainsi que des conseils pratiques sur des techniques de communication utiles au quotidien. J’ai eu la chance d’être guidée par des spécialistes particulièrement investis dans le bien-être de leurs patients, et ma gratitude envers eux est immense. Ce programme a marqué une étape importante dans mon développement personnel. Le fait de passer une longue période à l’étranger, loin du cadre familial, a contribué à renforcer considérablement ma confiance en moi étant une fille très anxieuse.
Au cours de mon séjour de dix jours, j’ai eu la chance de vivre de nombreuses expériences enrichissantes, notamment en participant à un échange culturel avec les personnes malentendantes et sourdes belges du centre de réadaptation où Édith travaillait. Même si leur langue des signes présentait quelques différences, nous avons réussi à échanger grâce à diverses méthodes, notamment via des expressions visuelles. Nous avons eu l’opportunité inattendue de visiter Paris grâce à un surplus budgétaire en fin de voyage. Cette visite s’est déroulée sur une journée et le déplacement s’est effectué en TGV. J’ai été particulièrement impressionnée par les paysages défilant à grande vitesse tout au long du trajet. J’ai ressenti une grande excitation en découvrant les paysages variés, allant des champs verdoyants aux villages pittoresques, qui défilaient à une vitesse impressionnante.
Mon retour au Québec a éveillé en moi des émotions contradictoires, à la fois de la tristesse et de la joie. Malgré mon intérêt croissant pour les voyages à l’étranger et mon envie de découvrir de nouveaux horizons, j’avais aussi hâte de retrouver ma famille et mes amis. Cette expérience m’a amenée à valoriser un partenaire qui partage mon goût pour l’aventure et l’exploration.
Est-ce que cette personne est déjà entrée dans ma vie?
Mes autres voyages suivants effectués sans la présence des intervenants en déficience auditive se sont-ils tous déroulés aussi aisément?
À suivre dans le prochain article!
« Voyager c’est grandir. C’est la grande aventure. Celle qui laisse des traces dans l’âme. » – Marc Thiercelin
*Précisions de l’autrice concernant la langue des signes française : Le français signé est une adaptation visuelle du français parlé, alors que la LSQ est une langue distincte avec sa propre grammaire et ses particularités.









